Mark Hunyadi, philosophe

[ nouvelle version, septembre 2018:] Né en 1960 à Genève de parents qui s’étaient réfugiés de Hongrie quatre ans plus tôt, Mark Hunyadi est actuellement professeur de philosophie sociale, morale et politique à l’Université catholique de Louvain (Belgique). Il a fait ses études à Genève, Paris et Francfort, auprès de Jürgen Habermas, avant d’obtenir son doctorat à Genève en 1995 (direction : Jean-Marc Ferry). Il fut professeur de Philosophie morale et appliquée à l’Université Laval de Québec de 2004 à 2007. Il a fondé en 2010 le Centre Europé à l’UCL, où il fait également partie de Louvain Bionics, un centre de recherche consacré à l’interface entre robotique et médecine. Il rend compte régulièrement de l’actualité philosophique dans le Supplément littéraire du Temps, désormais sis à Lausanne.

Au temps de sa formation doctorale, il a été profondément influencé par l’œuvre du philosophe allemand Jürgen Habermas, auprès duquel il a travaillé deux ans à Francfort, et dont il a d’ailleurs traduit deux livres en français (De l’éthique de la discussion, et Textes et contextes, les deux au Cerf). Mais dès ses premières publications dans les années 1990, ses travaux se sont orientés dans la double direction de la philosophie morale fondamentale (voir L’Homme en contexte, Paris, Cerf, 2012) et de la philosophie dite appliquée (Je est un clone, Paris, Seuil, 2004). Toutefois, il ne traite jamais celle-ci que comme la porte d’entrée vers la réflexion éthique fondamentale et la théorie critique de la société. Ainsi, ses travaux en bioéthique (voir par exemple sa contribution récente au vol. IV du Traité de Bioéthique, sous la direction d’Emmanuel Hirsch, 2018) comme ceux en philosophie de la technique (voir La Tyrannie des modes de vie, 2015, et Le Temps du posthumanisme, 2018, ainsi que les travaux afférents) se comprennent comme une théorie critique du libéralisme contemporain, incapable de saisir des enjeux autres que ceux liés à la protection des personnes.

Dans son ouvrage La tyrannie des modes de vie (Lormont, Editions du Bord de l’Eau, 2015), Mark Hunyadi met par exemple en évidence ce qu’il appelle « le paradoxe moral de notre temps », à savoir que nous autres individus réputés libres subissons en fait la tyrannie de modes de vie qui nous échappent complètement – par exemple le mode de vie technologique. Sa thèse est que l’éthique libérale – ce qu’il appelle la « Petite éthique » –  est mécaniquement responsable de cette emprise du système sur nos vies, puisque l’individualisme qu’elle défend implique, dans son principe même, un retrait éthique du monde. L’éthique libérale ne fait que blanchir un système lui-même fort peu libéral.

Il approfondit cette approche critique du libéralisme dans son livre sur le posthumanisme (Le Temps du posthumanisme. Un diagnostic d’époque, éd. Les Belles Lettres, 2018), et la poursuivra dans un livre de philosophie sociale fondamentale (à paraître) consacré à la confiance. La théorie critique de la société y trouvera son assise dans une théorie fondamentale du lien social.